Au sein des Rencontres Littéraires, le Prix d'Estieugues constitue une section phare. Il s'agit d'un recueil de poèmes élu par le jury afin d'être publié à cent soixante exemplaires dont cent cinquante sont remis à l'auteur. Aucun thème, aucune forme d’écriture ne sont imposés. Seules sont appréciées les qualités du style, la beauté de la langue, la puissance poétique qui se dégagent des textes et l’homogénéité de l’ensemble.
 
Prix de vente : 10 euros
Editions La Licorne
Bourg de Thizy (Rhône)
2017
[extrait préface - Gilles CHERBUT] 
Lorsque " le vent, d'un coup de griffe, prend possession du monde", toute parole pourrait demerurer vaine et stérile. La poésie pourtant, promesse écartelée entre silence et profusion, insinue, là comme aileurs, sa toute-puissance. Confrontation de chaque instant avec lui-même et néanmoins juste clameur, elle affirme sa jouvence perpétuelle que n'atteignent ni le flot, ni la rumeur des humains, ni "ce monde façonné d'insavoir et d'inaboutissement"... 
 
[extrait Le brisement de la lumière - Jean-Pierre VEDRINES]    
             Ici le feu, ici la trace. Ce qui nous reste du
chemin parcouru, du regard de l'étoile retrouvée.
 
 
... / ...
            Nulle écriture ne vient jamais à bout du livre.
Nous errons à la recherche d'une main, innocente, vierge
de poussière. Nous imaginons, tombant sur nos corps
douloureux, l'alphabet de soie de la neige.
2016
[extrait préface - G.C.]    
"J'ai baisé la bouche du poème" nous dit Christian Perez pour affirmer un rapport charnel au verbe. Cette poésie "Qui ne livre ses secrets / Qu'au long de corridors / Sans cesse plus étroits" éclot à chaque ligne de ce recueil par la grâce d'une écriture élégante et subtile dont la préciosité contenue mesure avec bonheur "le passage des bêtes dans les forêts du monde".
 
[extrait Plaidoyer pour quelques moments de grâce - Christian PEREZ]    
C'est beaucoup pour moi qui ne mérite rien,
que de voir ces arbres qui dansent dans la nuit au bras
du vent. (avant de séjourner dans l'arbre, j'avais
entendu parler de la mort, mais aux extrémités de ses
branches).
 
... / ...
 
Tu te tiens toujours à distance et mon amour
ressemble à une maladie féconde. Rien n'échappe à ta
mémoire quand mon visage s'étonne de ce silence
tranquille. Tu me dis : "celui qui décide de la force de
son amour est condamné à faire sans cesse l'éloge de
sa douceur".
2015 
[extrait préface - G.C.]                             
"Pas un vent sans désir de vent ni pierre sans rêve de pierre" suggère le poète parmi ces pages vouées au minéral, au mystère ultime de la "Parole pétrifiée ensevelie", à la mort enfin, qui "n’a pas de bras n’est pas une mère au sein de sable". Et cela fait écho en chacun de nous, en ces strates les plus profondes, les plus mystérieuses aussi, dont nous sommes, à notre insu, façonnés.
 
[extrait L'Assemblée des pierres - Claire GARNIER-TARDIEU]
Dans la clairière de vie et de mort 
 
Qui se courbe pour ramasser nos fagots déliés
Pour avoir froid de ton absence en pointillé parmi les
merles?
... /...
 
Aggripe-toi à moi qui suis toute aile je t'arracherai au
plomb de la tombe
 
Tes paupières scellées signifient le silence quel air
bleu nous poursuit de ses rêves liquides ?

2014
[extrait préface - G.C.]
La poésie, comme la danse, procède d'un déséquilibre perpétuel et maîtrisé qui, loin de préfigurer une chute, détermine un essor, "condition de l'envol" permettant d'échapper à la pesanteur, de s'affranchir de ce "mystère originel / enfanté de la nuit". Ida Jaroschek joue avec bonheur de cette précarité des trajectoires aériennes, de ces vertiges qui révèlent "des séismes dans le corps // secousses de lumière / ou soubresauts de l'être". Elle dessine, au gré des "itinéraires de lumière / ou trajets des turbulences" les reliefs et les méandres d'une vie quand "au chant du soir / les cercles se font / et se défont" comme autant d'éléments ténus d'un destin qui, sans cesse, heurterait à l'huis de nos existences.
 
 
 
[extrait Aborder les lointains - Ida JAROSCHEK]
tu déroules ici
le destin
de toutes les femmes
 
marche immémoriale
 
où seuls visibles
tes pieds nus parcourent la lumière

2013
[extrait préface - G.C.]
En vingt-quatre poèmes admirables, Michel Le Quéré évoque une enfance et, bien plus qu'une enfance, "cette construction, ... ... cette mise en place de soi en soi". Ving-quatre poèmes, comme autant de galets étonnants dont la compacité n'a d'égale que la rigueur du polissage, pour dire ces "grands chagrins [qui] dorment en nous" aussi bien que le "petit troupeau des fermes sages accrochées flanc sud de la vallée".
 
[extrait Portée ou l'alliance des sources - Michel LE QUÉRÉ]
                Le souvenir fend l'obscur. Une plaie de haute
trahison le suit et, dans ses lèvres se refermant, toute la
semence grandiose des mots d'amour aveugles et étouffés.
 

2012
|extrait préface - G.C.]
"Quelques hirondelles ratissent le ciel", "les oiseaux lucides / jaillissent de l'arc-en-ciel" tandis qu'ailleurs, "la rencontre / des passereaux" entrouve les portes de la poésie et renoue les fils qui inventent l'essentielle dramaturgie de nos existences... 
[...] La multitude ailée qui survole ces pages, définie tantôt de façon générique : "l'oiseau qui sautille", tantôt de manière spécifique : "les cormorans en noir","les grues là-haut" ou "le coeur du rouge-gorge", semble tisser en permanence la trame de nos fortunes. Elle alterne en cela avec d'autres flux, plus sibyllins, plus sombres en tous cas, évoquant "la mort [qui] est là / sous toutes ses formes / ainsi que la douleur / de l'absence".
 
 
 
 
[extrait L'oiseau d'encre - Alain PIOLOT]
Au bord de la route
lentement
il a beau dire : 
quand j'écris je n'ai pas d'âge
il sait sa vieillesse
à l'ombre des arbres
le soleil cogne fort sur les vivants
il murmure
je touche du bois --
des moments de lumière
glissent dans l'allée
un oiseau fait des allers - retours
il cherche une sortie honorable
le marcheur se dirige vers l'étang
à son pas - 
appuyé contre un arbre_
il les connaît tous_
il se dit que même les corbeaux
meurent
ce qui atténue son inquiétude.

2011
 
 
[extrait préface - G.C.]
Jean-Damien Roumieu inscrit sa poésie parmi les plus hauts lignages du verbe et de la pensée. "Arpenteur / des paysages / sans lisière", il pétrit un lieu où s'abolit la vanité du monde en désignant un "Humain institué / pour saisir la saveur / des choses pénétrantes". "Car c'est de l'homme qu'il s'agit ! " aurait pu énoncer Saint-John Perse en lisant ces pages ; l'homme et son cortège de "cris furtifs", l'"Homme / poli et repoli, / usé, chauffé à blanc / par les grains de lumière".
 
 
 
 
[extrait Brûlure sur le jour - Jean-Damien ROUMIEU]
Tu refais délectable
l'affluence 
de l'aube
 
Tu te prépares
à traverser le jour
 
Ta promesse
suit la courbe
et la naissance
de l'éclat 

2010
 
 
[extrait préface - G.C.]
"Entre l'obscur cheminement des racines / et l'élan lumineux des arborescences", au coeur d'un antique combat, celui de l'aube et des ténèbres, le poète tient sa place, aujourd'hui comme hier ; il y est tour à tour démiurge et prophète, trouvère et spadassin, défricheur et libertaire. Sa parole s'inscrit toujours hors des confusions et des banalités, son souffle est celui du vent qui sculpte l'océan et son regard s'abreuve aux vérités originelles. Jacquy Gil assemble cela en deux mots seulement : "Emerveillement et mystère"...
 
 
 
[extrait Labyrinthes familiers - Jacquy GIL]
Le temps d'interroger le temps
sur le vaste problème de l'éternité,
et l'univers se sera délesté d'un cycle.
L'homme, dès lors, ce poids sans mesure,
ce fervent mathématicien,
ayant découvert en quelque éphémère particule
le fugace reflet de son esprit,
posera, en marge de la grande amplitude,
qu'une boucle nouvelle
a bel et bien été bouclée.

2009
 
 
[extrait préface - G.C.]
Sans formuler un véritable questionnement, Georges Rose interroge le monde dans une parole qui, à l'instar de l'univers, semble d'abord se fragmenter dans un infini "d'où s'échappent les mers et les nuits / comme des soupirs ou des plaintes"... Pourtant, "Là toutes les réponses / pierreuses avec les pierres / nuageuses dans le ciel" ; car Georges Rose distille sa poésie à la manière d'un peintre impressioniste qui épandrait sa lumière.
 
 
 
 
[extrait Des mots et des abeilles - Georges ROSE]
Le décolleté des livres
 
la jupe relevée sur le blanc
 
cette obscurité jusqu'à l'aube d'un mot
 
 
Le vent déshabille les collines
 
la terre bouge doucement
 
s'allonge sous la mer

2008
 
 
[extrait préface - G.C.]
Sous l'illusoire simplicité d'un univers qui occulte de vertigineuses perspectives, Patrick Devaux dévoile quelques traces qui nous conduisent -pour peu que nous ayons le courage de les suivre- bien au-delà du champ des apparences. A l'instar des poètes qui l'ont précédé au palmarès du Prix d'Estieugues, il inscrit son écriture et sa réflexion parmi les sphères les plus exigeantes de la poésie, celles qui relèvent de l'essentiel questionnement que tout homme se doit de formuler lorsque "certaines / nuits d'été // la vie fossile / éparpille / d'autres pollens"...
 
 
 
[extrait Ecailles de nuit - Patrick DEVAUX]
longtemps
après l'oubli
 
la sitelle
s'agite 
de souvenirs
 
telle une ombre
 
piaille
d'un mystère
à l'autre

2007
 
 
[extrait préface - G.C.]
En ces temps confus où le délitement de la parole - y compris parfois de la parole poétique - s'érige en évidence, Jean-Louis Bernard signe là des pages lumineuses. Evitant l'écueil de l'hermétisme autant que l'ornière de la grandiloquence, le poète ajuste son langage avec une rigueur qui lui assure des manières de "mausolées du verbe". C'est là une articulation majeure de ces textes : l'écriture y est fondatrice d'une pensée, d'un regard et de la parfaite appréciation d'un songe "égaré / entre chair et langage / dans l'exact essor / de notre effacement"...
 
 
 
[extrait Au juste amont du songe - Jean-Louis BERNARD]
Le songe
n'a pas couleur
 
en devenir de nous
il bat
aux veines de l'enfance
 
de lui naît l'homme
en clairvoyance vaine
tous signaux abolis
calligraphie du vide
sur cet aubier à peine clos
où se cogne
la perte ineffacée
 
il serait
traversée immobile
dans les remous du temps
provende solitaire
à travers flambées et chutes
 
entre nos songes coule
l'inachevé du monde

2006
 
 
 
[extrait préface - G.C.]
Le poète est-il artisan qui façonne la syntaxe comme il ferait d'un muret ? Est-il sculpteur qui agence et polit la matière selon un désir où le concret le dispute à l'incoercible ? Est-il chaman enfin, qui organise la rupture du réel pour lui restituer ses évidences enfouies sous des strates de conventions sémantiques ?... C'est la nature même de la poésie que l'on interroge ici : les rapports qu'elle entretient avec le langage et la pensée, la réflexion qu'elle développe sur son propre mystère !
 
 
 
[extrait Dans le ressac de l'écriture - Jean-Louis KERANGUÉVEN]
rassembler
 
tous les
mots épars
 
dans l'éboulis
logorrhéique
 
et remaçonner
le muret
 
où sifflait
l'esprit
du poème

2005
 
 
[extrait préface - G.C.]
Battements de cœur ? Battements d'ailes ? Battements de cils ? De chair ? A ces questions qui procèdent de leur réponse même, Malou Collonge propose une autre clé, un autre registre qui englobe et féconde les précédents : "A chaque heure son battement".
Un sous-titre éclaire d'emblée le lecteur : "Poésie et vie", pour le situer dans le champ infini du quotidien et de la diversité.
 
 
 
 
[extrait Battements, Poésie et vie - Malou COLLONGE]
      Inévitable discordance entre le dire et le faire.
Qui serait propriétaire de sa propre voix ?
 
 
      Il est de longs déserts, de sèches saisons où
rien ne s'éprouve. Alors s'installent les gestes machinaux
qui mûrissent l'heure tardive de la cascade soudaine.
 
 
      On sort de l'écriture meurtri, frileux. On
doute de ce qui nous construit, du meilleur, de tout.

2004
 
 
[extrait préface - G.C.]
Tout commence au seuil de la "Villa Chahin, Janus est à la porte / Face à l'éclat charnel des roses"...
Dès l'abord, ce receuil nous situe dans la résonance de la tragédie antique, quand "Janus crucifié", dieu douloureusement humain, heurtoir à l'huis du destin, frappe les trois coups du drame dont il est le héros...
"Janus et la méduse", distingué par le Prix d'Estieugues 2004, impose une écriture parfaitement maîtrisée, qui procède par touches ténues, à peine perceptibles parfois, et préfère toujours la sensuelle évocation à la description réaliste.
 
 
[extrait Janus et la méduse - Jacqueline ASSAEL]
Si tu es Janus -
Masque de verre,
Résistance du vide,
 
Alors qui suis-je,
Moi qui fus
L'aubier de ton visage ? 

2003
[extrait préface - G.C.]
Quelques images furtives constellent ces pages, sculptées parfois au seuil de l'onirisme : "Le renard a trouvé / Abri dans les fougères". Elles viennent féconder la densité d'un style qui par ailleurs ne concède aucune entorse à sa rigoureuse précision.
A peine sommes-nous entrés "Sous l'écorce, les mots" s'imposent alors dans leur force dépouillée et leur sobre séduction. L'on chercherait en vain, dans ces vers où seul subsiste l'essentiel d'une émotion ou d'un souvenir, quelque figure de style propre à flatter le lecteur. Point d'artifice ici ! Seulement une parole qui vient trembler au bord du silence, comme "S'envole une odeur de fumée / Jusqu'à la chambre aux rideaux clairs" ; seulement une poésie épurée de toute chair superflue où "Les mots entassent leurs bagages".
 
 
[extrait Sous l'écorce, les mots... - Yvonne LE MEUR-ROLLET]
Ne plus plonger dans la confiance
Si claire et calme de tes yeux
 
Ne plus pouvoir boire l'enfance
Au vieux perron de granit bleu
 
Ne jamais plus tout bas nous dire
Le rare bonheur d'être aimés

2002
 
[extrait préface - G.C.]
Le verbe qui déploie sa lumière sur ces pages est toujours en prise sur l'invisible. Il y a dans ces poèmes-là une intelligence du monde qui sait débusquer des interrogations présentes à nos esprits de façon confuse, et si difficiles à formuler : "Mais qui se souvient du visage / Inscrit depuis l'au-delà des temps / Sous la poussière des yeux / Juste derrière le rêve ?"
Dans ces regards de poète où croissent des "Songes fichés dans la peau / Profonde / Jusqu'au soleil / Du dedans", s'établissent aussi des paranthèses où prend corps une réflexion qui se situe au seuil de la métaphysique, dans "Un espace sans rien encadré de silence".
 
 
[extrait Une poignée d'espace - Béatrice KAD]
Nul recueillement ne parvient à lever le souffle
agenouillé dans le secret des corps.
 
 
L'horizon engloutit la dernière hirondelle, plie
lentement sous le poids de l'espace,
un geste infinitésimal annonce que le sens des
choses peut maintenant s'asseoir.

2001
 
[extrait préface - G.C.]
Voici un recueil dont les tonalités bleu-vert nous invitent à herboriser dans la lumière de l'été, à humer longuement, feuille à feuille, grain à grain ces "Plumetis des graminées / Fétuques en tulle d'or, / Roulis tendres sous la brise", et à détacher des pans d' "un ciel presque accessible" pour les porter à nos lèvres, ainsi qu'une "pulpe des matins / Offerts comme des fruits".
"Cet enfant-là" affirme une fois de plus la maîtrise de l'écriture d'Eliane Zunino-Gérard, et sa capacité à s'exprimer avec le même bonheur en vers réguliers et en poésie libre.
 
 
 
 
[extrait Cet Enfant-là - Eliane ZUNINO-GERARD]
       LE PASSAGE
 
Un pas de plus encor,
Une seule enjambée de trop
Par le sentier dans la bruyère,
 
       Et la voie enchantée,
       Soudain n'est plus qu'un rail,
       Ornière à la pente banale.
 
Ainsi l'enfant s'éveille adulte
       Pour des trajets sans horizon !
 
Un  pas de plus, ce pas de trop,
Une seule fente en avant,
       Puis la mémoire se retrouve
       Orpheline dans son royaume
       Avec ses jeux oblitérés,
       Ses porches béants à franchir.
 
Sous la paupière émerge un passé en dérive
Grevé d'improbables futurs.

2000
 
[extrait préface - G.C.]
L'eau - toutes les eaux : vapeur, étang, source ; ou sous l'apparence de son manque cruel : la soif - ne s'élabore jamais ici comme un thème qui serait adroitement décliné au fil des poèmes. Jamais ici, l'eau n'est prétexte à la parole. Parce qu'elle-même vivante - "Ce fond de sable tendre / où respire la source" - elle-même essence de parole, elle engendre le verbe autant qu'elle s'engendre de lui, et devient créatrice, et poésie même, avant l'agencement du poème.
 
 
 
 
 
[extrait Sources, Et l'eau vint habiter la terre... - Arlette RIDEL]
GRIS
 
Vague sombre au goéland farouche
 
le cri arrache la peur au ras de l'eau ...
 
le ciel a fui le miroir qui se brise.