Chaque année, les Cahiers d'Estieugues rendent compte des Rencontres Littéraires de Cours la Ville. Y sont présentés les textes laurés et remarqués dans les sections Poésie Côté Cours, Courte Plume, Prix de la Nouvelle ainsi que des extraits des manuscrits laurés et remarqués dans la section Prix d'Estieugues.
 
Editions La Licorne
Bourg de Thizy (Rhône)

2016
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : Simone DURAND]
 
Partir.
 
Partir, échevelée de brume
Ponctuée de nuits qui chancellent
Dans l’ivresse des lunes bleues
Unique, libre
Levée de ciel à main nue
Cœur de soie tendue
Au-dessus des fêlures des chemins.
Partir, Orion recherché
Au-delà des flammes étoilées
Geste absent du demi-tour
Dans l’abandon des fleurs après la fête
Et des enluminures qui sombrent
Entre griffes d’années.
Partir, errance rouge
Insolente de vent
Etourdie d’inconnu.
La laine de ton corps
Doucement cardée
Pour tout bagage.
 
[1er Prix Courte Plume : Nicole FAUCHEUX]
 
Troublée l'âme épelle
Les mots familiers aux rencontres,
Mais la pensée s'est figée
Tout empêtrée d'éphémère.
 
[1er Prix de la Nouvelle : Ida JAROSCHEK pour "Je me souviens"]
 
(extrait)
Je me souviens de Novembre en ces dimanche matin, dans les forêts de mon enfance. Tandis que ma mère s’affairait à la cuisine, absorbée par la préparation du repas dominical et que ma sœur repassait linge et vêtements en prévision de son retour à la pension, je pouvais seule échapper à ces occupations domestiques pour suivre, en toute complicité, mon père.
 
En ce temps-là, même si je l’appelais « papa », il n’était pas de ces pères que l’on voit aujourd’hui, de ces « papas gâteaux », ayant lu tout Dolto, Rufo ou autre, et qui sont familiers, tendres, tout en proximité et sensualité avec leur progéniture. Non, c’était, disons, un père à l’ancienne, rare et taiseux, mais je le sais aujourd’hui, combien précieux…

2015
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : Ida JAROSCHEK]
 
Je vois dans les herbes mortes et rases
au sortir de l'hiver des fauves éteints
 
des oiseaux fantomatiques
hérons blancs alignés dans la brume
 
Toute à l'oubli du givre
genou brumeux je vais
 
je vais comme je marche
immobile comme je marche
 
je vais immobile
et je te rejoindrai sur le chemin des respirants
 
[1er Prix Courte Plume : Julien BOUTREUX]
 
Nous sommes les pas de Dieu
Dans la poussière du monde
 
Ses pas possibles
 
[1er Prix de la Nouvelle : Luce TREMBLAY pour "La corbeille à linge"]
 
(extrait)
         Esther gravit l’escalier frais et sombre avec toujours le même léger essoufflement. La corbeille à linge, qu’elle maintient avec son bras droit en forme d’anse, pèse lourd sur la hanche. Les draps sont là, humides et propres, prêts à être étendus. Et elle sait qu’ils le seront en plein soleil. Car elle va bientôt ouvrir la porte pour quitter l’obscurité et arriver sur la terrasse presque suspendue au dessus de la ville.

2014
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : Simone DURAND]
 
Mémoire.
 
Conservez-vous mémoire des voiles sous le vent,
D'un visage égaré au large d'un vin triste ?
Conservez-vous du temps le grave paradoxe
Et la ligne éclatée au delà de vos livres ?
Eternité d'un lieu qui s'use dans l'oubli,
Frémissement d'un rythme que vous alliez danser,
Résonance muette d'un âge dérobé,
Citadelles-miroirs de nos corps gris d'années.
 
[1er Prix Courte Plume : Marie-Claude GALLOYER]
 
Le hasard
 
Hasard, chance, fatalité...
Pourquoi toi, pourquoi moi, le beau temps ou la pluie,
Le conquis, le perdu, l'appris, ce qu'on oublie,
Dans ma tasse au matin, cette feuille de thé.
 
[1er Prix de la Nouvelle : Eric GOHIER pour "Le dernier trait"]
 
(extrait)
         Ce matin-là, Albéric s’était levé en hâte. Il avait pourtant plus de trois heures d’avance sur la marée. Malgré son empressement – et certaines douleurs dues à l’âge – il prit soin d’agir en silence. Il ne désirait pas réveiller Marieke.
        L’obscurité dans laquelle était plongée la chambre masquait la grimace inscrite sur son visage. Un rictus complexe dans lequel un œil avisé aurait reconnu une certaine colère, un peu de lassitude… et une peur indéniable.

2013 
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : Christian PEREZ]
 
Cette nuit là
Le froid avait battu les pierres
Et le village esquissé
Un mouvement d'épaule sous le vent.
Des chiens maigres
Partageaient les restes d'un poème.
Des errants libres de leurs racines
Fendaient l'obscur,
Et le bruit du sang
S'enflait comme un appel.
C'était une nuit
Qui tisse des fils
Pour des corps sans mémoire.
Et je suis l'enfant de cette nuit
Qui traverse mon visage.
 
[1er Prix Courte Plume : Simone DURAND]
 
Fugitive empreinte de temps
Visage de passage
Soudain déifié.
 
[1er Prix de la Nouvelle : Sylvie DUBIN pour "Dans le sillage d'Emma"]
 
(extrait)
         Le premier dauphin a surgi à bâbord, et son corps scintillant nargue le ciel dans une figure cambrée très provocante. La bête est toute en rondeurs et en éclats. Emma est prête à parier que c’est une femelle. Pour s’afficher avec tant de sensualité, non ?  Tendre son corps en un arc vibrant, offrir son ventre lisse et luisant… Le second dauphin, lui, à quelques mètres de là, pique déjà la tête sous l’eau. Son plongeon un peu pataud fait des gerbes heureuses. Pas de chichis : un mâle. Autour du couple, la mer proprement étalée. Emma se niche au mieux dans le creux des coussins, bien décidée à ne rien perdre du tableau, bien décidée, même, à s’y perdre. Elle n’est pas très bronzée. L’air est chaud mais pas torride, sans doute grâce au vent léger. La lumière, sans être aveuglante, a cet éclat précis que vous ne trouvez qu’au large des îles grecques. Emma frotte doucement ses pieds nus l’un contre l’autre, en cadence avec ses pensées, toutes suaves. Elle est parcourue de longs frissons de plaisir, chaque fois que la brise revient sur elle pour la frôler. Le couple joue la scène pour elle.

2012 
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : Charles SIMOND]
 
                                                                                   Marianne lit
                                                                "Lettres de Gourgounel"
                                                                 de Kenneth WHITE
 
Mon amour est sur le Tanargue
Dans les orages et les éclairs
Face aux renoncements de ciel
Et je meurs en vain dans la cage
Où ma solitude l'attend
 
Mon amour mon moi fragmentaire
Ma siamoise
 
Nos blessures homologues saignent
De notre sang désaccordé
Le tien éclabousse ma cage
Le mien incendie les orages
Du Tanargue où meurt ta mémoire
 
Mon amour en moi fragmentaire
Ma partition
 
Enfin tu reposes le livre
Le Tanargue et ses fulgurances
Deviennent songes à mots dormants
Les barreaux effacent ma cage
Dans la démesure du temps
 
Mon amour en moi angulaire
Ma ligature
 
[1er Prix Courte Plume : Charles SIMOND]
 
    Au levant de ma solitude
                Une ïle
  Grain de beauté sur la mer étale
 
[1er Prix de la Nouvelle : Jean-Paul LAMY pour "Colombine et Pierrot"]
 
(extrait)
- Une petite pièce ?
Je l’ai regardé : mal fagoté, visage fatigué, une barbe d’une semaine,
sans doute. J’ai répondu « non » de la tête. On est si souvent sollicité…
- Un verre, alors ?
Je ne sais pas pourquoi, j’ai dit : « un verre, d’accord ! »
Il s’est assis.
- Garçon !... Un whisky… double. »
Il était clair que ce n’allait pas être le premier de la journée. Le verre a été posé devant lui. Il y a plongé deux doigts sales de manière à en extraire les glaçons qu’il a jetés au loin, au pied d'un tilleul. « J’aime pas que le whisky ait le goût de flotte… D’ailleurs, l’eau, ça n’a pas de goût… »

2011  
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : Jean-Damien ROUMIEU]
 
Oser un signe
 
   A chaque instant le Tout le Vide
   et le chaos moléculaire
 
   Se mesurer au temps et à son amble sur les dunes
 
   A chaque instant saisir la démesure
   et offrir son labeur contre les buffles de l'absence
 
   Oser un signe contre le gel des cœurs
 
   Repousser l'ossuaire
   d'où le jour vacillant parvient à peine à émerger
 
   A tout instant trembler comme l'eau des fontaines
   et enlacer la flamme
   qui infuse en nos veines la saveur liminaire
 
   Souffler sur les cendres où se risque l'éclat
 
   Respirer avec l'homme se joindre à son tourment
 
   Porter le jour de l'homme
   vers la feuille indécise vers l'aube qui absout
 
   Inspirer la courbe des chemins le rire fraternel
   et ce vouloir levé qui transgresse la pierre
   qui emboutit la mort et la face du Rien.
 
[1er Prix Courte Plume : Simone DURAND]
 
Sur des chemins froissés
Dans le drapé des saisons mortes
Le pas pulsé d'un souvenir.
 
[1er Prix de la Nouvelle : Malik AGAGNA pour "Une nuit, je vis le jour"]
 
(extrait)
Ma main me semble minuscule perdue dans le dédale de son immense paume qui l’enserre telle une mâchoire d’acier.
Je lève la tête et observe le visage de Papa qui semble flotter dans les étoiles, tout là-haut. Il ne dit pas un mot. Ses yeux humides observent la porte du four dans lequel se consume le corps d’une femme qu’il avait certainement aimée. En nous éloignant de ce bâtiment sombre, il m’affirme dans un souffle, de sa voix de fumeur invétéré :
- Demain, pour tes 11 ans, nous irons au ciné et nous mangerons au MacDo.
Je suis à nouveau sa Princesse. La seule.

2010  
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : Julien BOUTREUX]
 
Ebène
 
   Tu es venue à moi dans ta nudité de bronze
   Petite enfant secrète, princesse des trois Orients
   A petits pas de nuit, tu t'es approchée
   Et l'ombre de tes cheveux, rêve flottant d'ébène
   Ou bien songe animal
   A recouvert mon ombre
 
   Et l'astre noir de tes yeux
   Rêve flottant d'ébène ou bien songe animal
   A illuminé le soir
 
[1er Prix Courte Plume : Eliane ZUNINO-GERARD]
 
                   PLEIN CIEL
 
Qu'on me laisse emprunter au peuple des oiseaux
Pour encenser d'azur mes colères d'étoile,
Cette ogive de ciel qui soudain se dévoile 
Comme une cathédrale en marche sur les eaux.
 
[1er Prix de la Nouvelle : Gilles BERTIN pour "Ma veste"]
 
(extrait)
         Une veste à vingt euros ! J’ai le coup de foudre. Me vois déjà dedans. Tends mon unique billet à la vendeuse. L’endosse, me va sacrément bien, juste ma taille. Une fille qui passe me sourit intensément. Menuette comme je les aime, gambettes fluos dans l’étui de sa jupette. Cette veste me porte déjà bonheur ! Vaut mieux vu que je viens de flamber d’un seul coup ma paye de la veille. Je fais le Père Noël pour les Nouvelles Gales : piétiner avec du coton au menton, les boules dessous, les pieds gelés dans des pompes aux semelles qui se tirent. C’est ma manière à moi de lutter contre le chômage, de contribuer à la chute des statistiques fatales, de travailler plus que pas du tout.

2009 
 
 [1er Prix Poésie Côté Cours : Daniel RIVEL]
 
                                                                            écriture
 
     c'est un soleil débordant de la coupe
peureuse de la nuit
     c'est une aurore de lave bouillonante dans
l'épanchement des musiques de l'aube
     c'est une naissance au basculement
des couleurs sur l'épaule de l'est
     c'est une suture de l'horizon qui cède
sous le frémissement des feux insomniaques
immolant la nuit sur l'autel des hautes paroles
     c'est un silence fécond     un silence
où viennent s'entrechoquer les cris et les chuchotements
     un silence peuplé
     un silence de faille béante
d'où montent des paroles d'autres mondes
 
[1er Prix Courte Plume : Charles SIMOND]
 
Neige 
sur neige
silence
sur silence
 
[1er Prix de la Nouvelle : Isabelle VERNEUIL pour "Je ne t'ai pas présenté mon meilleur ami ?"]
 
(extrait)
       Il était toujours au centre des discussions. Il aimait ferrailler avec les mots, argumenter et se colleter avec les idées, les concepts. Il s’emballait. Depuis toujours, il était comme cela. Enfant quand il voulait donner un avis à lui et qu’il bégayait. Ça je ne m’en souviens pas mais il me l’a dit. Ado quand il s’emportait et croyait que le monde entier était contre lui. Etudiant quand il refaisait le monde et qu’il séduisait les filles par son énergie belliqueuse et son idéalisme. Il les faisait rire aussi quand il se tournait vers moi pour avoir mon assentiment. Elles ne le voyaient pas , le léger mouvement de tête qui l’encourageait lui dans diatribe passionnée, mais elles se prenaient au jeu. Personne ne savait jamais quand il était sérieux et jusqu’à quel point.

2008 
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : Jean-Damien ROUMIEU]
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Je viens à toi femme
comme s'en vient le blé à l'aube
pour être chauffé à blanc
 
La fièvre est haute qui déchire le voile
et refait ton visage
tel que le cri premier
l'a de grand luxe façonné
 
Dans l'assemblée
j'énonce ce mot simple :
je te veux je te souhaite
comme un torrent
que mes brassées ne peuvent enclore
comme un arbre dressé qui confond
la part stérile de la terre
 
Tu es la danse
tu es l'éclair
devenu chair
 
Saisons foisons
maisons d'ocre et d'azur !
 
Tournoyante ta chevelure
assoiffées tes paupières
 
Déverse sur le temps à venir
l'ambre de tes parfums
 
Incline-toi seulement
devant qui te révèle
 
Tu es le fruit ouvert
sous la plus exultante
et la plus libre
de nos pluies.
 
[1er Prix Courte Plume : Patrick DEVAUX]
 
Racines
 
pattes ancrées 
dans l'estran
 
mouettes d'eau
racines de mer
 
[1er Prix de la Nouvelle : Carole MENAHEM-LILIN pour "Les doubles de Mina"]
 
(extrait)
     Mina fait toujours des doubles de ses clés. Elle cache toujours dans l’appartement, à des emplacements précis, les numéros de son chéquier, de sa carte bleue, des photocopies de son permis de conduire, de sa carte d’identité… Pas une photocopie, non, plusieurs. Il faut bien ça.
     Mina perd la mémoire, direz-vous. Elle est atteinte d’Alzheimer précoce. Ou bien elle est obsessionnelle ?... Non. Non, je ne pense pas. Moi qui la connais bien, je n’ai jamais été tenté de poser un tel diagnostic.

2007  
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : Simone DURAND]
 
                  DERIVES D'AUTOMNE
 
Joutes chamarrées de vendanges explosives,
Puzzles inachevés de pressantes semailles,
Rentrée d'un enfant triste en tablier de brume...
Le cœur se met en berne dans les sillons d'antan,
A l'encablure des ans,
Sur le tarmac des soirées solitaires
Où se délitent les mots fanés, les mots pleurés, 
Les mots lourds comme dalles de granit,
Les mots que l'on replie dans des boîtes précieuses
Et tous ceux avortés que l'on aurait dû dire
Dans les halls de gare et les embarcadères,
Au seuil des partances d'aventures sans retour.
C'était nous, c'était eux, dérivantes chimères,
Dédicaces blessées dans le dédale obscur
De nos mémoires fragiles
Et le geste - fossile de l'adieu des mouchoirs.
 
[1er Prix Courte Plume : Jean-François AGOSTINI]
 
          Hôte de sa robe,
   Le soleil dévoile ses jambes
       Aux passants lumineux.
 
[1er Prix de la Nouvelle : Guy VIEILFAULT pour "Le livre"]
 
(extrait)
       Le soleil joue au travers du feuillage des platanes et dessine des plages d’ombre et de lumière sur la table du café. Ma main, si noire, sur la paume de celle d’Eric semble minuscule.
       J’aime bien Eric, et son air réfléchi quand il recherche dans sa collection quelque poncif qui lui permettra de paraître « top » à peu de frais.
       « En Afrique, un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle… » Cette fois, il a fait fort, à défaut d’être original. Mais je souris à peine. Mon cœur est plein de cendre et de tristesse. Mon grand-père Doualo est mort, loin de moi sa « petite impala » comme il aimait m’appeler.

2006  
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : Bernadette BEHAVA]
 
            NUIT
 
Le jour s'endort
 
La tête entre les bras
 
 
Buveuse de soleil
 
Ma faim se heurte
 
A ton silence
 
 
La nuit s'ébrèche
 
Comme une tasse
 
Qui se fêle
 
 
S'il existe au monde
 
Une brisure
 
Je suis en elle
 
[1er Prix Courte Plume : Robert PARRON]
 
     As-tu vu la couleur orange
     D'un rêve qui se contredit ?
     Tango de dits et de non-dits,
 C'est l'or et le sang qui se mangent.
 
[1er Prix de la Nouvelle : Jean-Paul LAMY pour "L'homme de la nuit"]
 
(extrait)
       Nous savions tous comment elle s’appelait : Djamila. La Belle. Lorsqu’elle apparaissait, en un instant, les conversations s’arrêtaient, nos paroles demeuraient suspendues au bord de nos lèvres entrouvertes, on n’entendait plus que le bruit de nos déglutitions. Si, comme on le dit, les émotions sont des vagues, les nôtres étaient des lames de fond. Puissantes, dévastatrices.

2005 
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : Daniel RIVEL]
 
PORTRAIT
 
corps taillé dans l'épaisseur du vent
artères où s'écoulent des pierres
tête de chants d'oiseaux
d'ailes                                                            de voyages
bras de frêne ou de hêtre
mains bruissantes de feuilles
                                             sur une épaule la chouette
                                           sur l'autre le reflet de la lune
                                          poitrine de courses et de luttes
                                        ventre buisson où viennent se serrer
                        les petits                                                                  les fileux
                                                      hanches de laves
                      jambes de sel                                                   les caravanes s'avancent
                                                    pieds de sable et d'eau
                                                          jusqu'au puits
                                                          jusqu'à la mer
                                                                la mer
 
[1er Prix Courte Plume : Simone DURAND]
 
Derrière son masque d'Arlequin triste
Les ailleurs bleutés de l'enfance.
 
[1er Prix de la Nouvelle : Didier YSOS pour "Jardins secrets"]
 
(extrait)
         L’horloge indiquait 17h58 lorsqu’ils s’étaient levés, joyeux et bruyants, de leurs fauteuils ergonomiques et pivotants. Le travail dans ce bureau d’études était un gagne pain, pas un sacerdoce…
         Ils avaient ironisé sur le désir d’Antoine de s’attarder encore un instant. « Tu attends un coup de fil de ta chérie ? » avait lancé une grande blonde délurée en se penchant vers lui laissant le regard de l’homme  glisser le long d’un sillon de chair enrobé de dentelle noire et dévoilé par un corsage de soie largement ouvert.

2004 
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : Nathalie LESCOP-BOESWILLWALD]
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
AU LOINTAIN DU SOLEIL D'AUTOMNE
 
Au lointain du soleil d'automne
Il y a les sanglots de l'enfance
Qui battent le trottoir
Lorsque la nuit comme un chat apeuré
S'ébroue d'alcools et de vins tristes...
 
Que dire de l'absence qui crisse
Sous les pas vacillants du destin
Comme une aumône blanche entre les mains du vent...
Trop de maux nous éloignent de l'aube
Ereintée de poèmes sur la table défaite...
 
Comment réconcilier l'après et le rire
Quand tout ce qui sommeille en nous
N'est plus que chagrin... ?
 
Chaque rêve ignoré a son propre chemin
Et seul l'espoir ensemence les ciels de papier
Qui s'éveillent sous nos doigts d'alcôve...
 
Alors, dans le miroir des ans,
La Poésie se maquille des gestes du soir
Pour d'éphémères épousailles
Avec l'ombre du Temps...
 
[1er Prix Courte Plume : Simone DURAND]
 
Sable, 
Coulée d'Eternité
Quand naissent sur la dune des méditations d'ambre.
 
[1er Prix de la Nouvelle : Emmanuelle URIEN pour "Converti en grammes"]
 
(extrait)

       Le petit comptable est cramoisi. L’homme planté devant lui l’a pris au dépourvu, le rattrapant alors qu’il s’échappait discrètement du bureau après sa journée de travail, la dernière dans cette entreprise qui vient de le licencier comme bon nombre de ses collègues devenus indésirables en cette période tourmentée.


2003 
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : Philippe VEYRUNES]
 
                                MUSIQUE DE NUIT
 
 
      Approchez-vous. Par cette longue allée aux veilleurs
buissonniers, venez à moi, colombe des jours de pluie, ma souveraine,
mon impérieuse. Sur le portail couleur de lune, les lionceaux de garde ont
frémi à vos paroles, et les grilles, enfin, se sont entrouvertes.
 
      Approchez-vous. les lauriers roses, déjà, flamboient dans le
crépuscule. Des ombres lentes, au plumage d'hiver, ont fermé sur votre
passage des vantaux de nuit. Le jour baisse, derrière l'étang, sur la plaine
de galets mauves.
 
      Je vous ai précédée, par le grand escalier de verre, dans le grenier
tapissé d'étoiles. En habit de velours et masqués de blanc, les violonistes
font cercle.
 
      Approchez-vous, rose des matins noirs, ma fidèle, mon
attentive. Au rythme des violons, une lumière neuve a gagné vos yeux.
Ni bible, ni lutins pour vous faire mienne. A l'heure où les étoiles,
demain, se faneront, vous m'aurez habillé de leur âme...
 
[1er Prix Courte Plume : Jean-Joseph CARL]
 
 Dans le fond du jardin,
Une fontaine, un arbre
  Et l'intime de l'âme.
 
[1er Prix de la Nouvelle : Marie-Claude CHASTEL pour "Le cauchemar"]
 
(extrait)
       L’homme ouvrit la bouche pour crier, appeler. Mais sa bouche était pleine, encombrée d’une peur extrême qui empêchait tout son de jaillir. Il tombait… les bras tendus, les mains ouvertes prêtes à s’abîmer sur quelque souche, quelque roc pointu et retenir ce grand corps qui sombrait.

2002
 
 [1er Prix Poésie Côté Cours : C. BOESWILLWALD]
 
                             CAR TOUT N'EST QUE VOYAGE...
 
A la préhistoire de nos vies il y avait la mer
Et ces ventres de lune que les femmes portaient,
 
Nos yeux n'avaient que la couleur
D'une eau dépourvue d'horizons,
 
Rien ne nous étonnait des sons et des odeurs,
 
Nous voguions lentement
Sur la musique du temps déjà compté
Dans sa première mesure
 
Et qui dès l'instant du départ
S'en va rejoindre l'Inutile
Sans même en avoir la Beauté...
 
A la nuit dépassée
A l'œil qui suppose le noir
A l'odeur incomprise
A la bouche sans Verbe
A l'ouïe marécageuse
 
Succèdent la Lumière et le Froid
Irréversibles et sans issue...
 
Car tour n'est que Voyage...
 
[1er Prix Courte Plume : Christine DUMOND-FILLON]
 
 Une goutte grise
Eprise de liberté
   Ecoute la mer
 
[1er Prix de la Nouvelle : Christiane MARCIANO pour "L'étang perdu"]
 
(extrait)
       Il faisait presque nuit quand Delphine baissa les volets. Elle aimait ce moment particulier de l’été finissant, cette heure entre chien et loup qui lui murmurait le proche retour de Bertrand et lui laissait le temps de se décaper de toutes les scories que sculpture et peinture avaient déposées sur ses mains et ses bras et jusque dans ses cheveux.

2001 
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : N. ROUZET]
 
      FEMME
 
va cacher ta Beauté
à l'ombre des jalousies
 
Trois brigands
chevauchent la vallée
 
Ils versent le sang
 
Christ en ivoire
l'or de leur ciboire
 
 
Femme
 
va cacher ta Beauté
 
le prêtre y a perdu
ses versets
 
Si bien cachée
 
qu'un jeune homme
se brisa les os
 
sans jamais boire
à la fontaine
 
[1er Prix Courte Plume : Jacques PLATEAU]
 
        La paix
Une blanche colombe
Qui vole
Au dessus des tombes
Folles
 
[1er Prix de la Nouvelle : Bernard JACQUOT pour "Gitane philtre"]
 
(extrait)
       C’était une marée d’équinoxe, une vraie, l’une des dernières du siècle, sûrement la plus terrible que celui-ci ait connue. Sur le port, quelques lumières brillaient encore, dont celle du bar « Le Tropique en Douceurs ». Par une telle tempête, le néon tremblotant aurait pu passer pour une provocation, mais, avec l’Indien, ça faisait longtemps qu’on n’attachait plus aucune importance à ce genre de chose.

2000 
 
[1er Prix Poésie Côté Cours : André MASSON]
 
L'AMOUR EN VENDANGES
 
Quand l'orage sur Argelès
martèlera le pas d'une sardane
 
Quand le vent marin
ivre de sel, de sable, de rêves
viendra mourir au Barcarès
 
Quand les sonneries des campaniles
gagneront le Pla des Aveillans
 
Quand les treilles d'Isaïe
se chargeront de pourpre et d'or
 
Quand j'entendrai le chant des femmes
dans les maisons de vigne
le pas des hommes dans les fouloirs
 
et cette cantilène
qui dit le bonheur d'aimer
 
Alors je descendrai des Albères
car je saurai
que tu es revenue
et j'irai chercher sur tes lèvres ensanglantées
le goût du vin de saignée
le venin de la Syrah
les senteurs parlant d'ailleurs
de Catalogne ou bien d'Orient
 
Alors nos corps en feu
 
nous entrerons dans la danse.
 
[1er Prix du Millénaire : Jean-Claude GEORGE]
 
                    RELATIVITE
 
Mille ans s'annoncent pour nos rêves !
Gardons-nous des voeux, des serments.
J'aime le monde en ce moment...
Il a son temps, ma vie est brève.
 
[1er Prix de la Nouvelle : Guy VIEILFAULT pour "Dog"]
 
(extrait)
       Dès leur première rencontre, il l’avait baptisé ainsi, sans trop savoir pourquoi. Par paresse sans doute. Et puis "Dog", chacun comprend. Pas nécessaire de préciser que l’on parle d’un chien. Un foutu chien d’ailleurs et s’il avait su, Thomas, il est probable qu’il aurait passé son chemin en regardant droit devant lui. Circulez, y’a rien à voir…