En 2013, concrétisant ainsi une idée vielle de dix ans, l’Ecritoire a joint à ses Rencontres Littéraires une autre section, un peu particulière puisqu’elle ne s’adressait qu’aux anciens lauréats (prix accessits et mentions) qui s’étaient distingués depuis l’an 2000 dans nos différentes sections de poésie (Prix d’Estieugues, Poésie Côté Cours et Prix Courte Plume).
 
La tâche du jury – comme on pouvait s’y attendre du fait de la qualité des concurrents – fut plus rude encore que d’habitude. Quoiqu’il en soit, c’est Jean-Louis Bernard qui, en définitive fut désigné lauréat de cet amical tournoi des maîtres intitulé « Prix du Mont Florentin ».
 
Le recueil de J.L. Bernard : « A l’heure grise » a donc été publié à cent cinq exemplaires et la fabrication de l’ouvrage (particulièrement soignée) confiée à «  l’Atelier de reliure Paysage Nuage Voyage ». L’ensemble se présente sous l’aspect d’un livre cartonné, rehaussé d’illustrations d’Anne Vocanson, et peut se parcourir soit à la façon d’un recueil traditionnel, soit en le dépliant à la manière d’un « accordéon ».
 
L’Ecritoire d’Estieugues souhaite reconduire cette expérience dans quelques années et tient à remercier l’Office Culturel de Cours la Ville pour son amicale participation à la publication de ce recueil. 

     Jean-Louis BERNARD - "A l'heure grise" - extrait :
 
     J’écris un lai d’ombre et de feu
     parle d’un pays où la neige
     clouée aux portes des légendes
     se souvient
 
     j’écris un lai d’aile et d’essor
     mais les oiseaux du temps qui passe
     me lègueront-ils une trace
     pour demain
 
     j’écris un lai d’eau et de vent
     à peine un frémissement d’être
     sur les années qui ont creusé
     tant d’escales
 
     j’écris un lai d’aube et de sel
     pour qu’aux marches de souvenance
     demeure l’innommé du signe
     et du temps

Voici une note de lecture concernant « A l’heure grise », signée Antoine de Matharel, parue dans le n° 88 d’avril 2015 de Poésie sur Seine, Revue d’actualité poétique :
 

Chaque poème de ce court recueil est une énigme. Aux problèmes de l’universel, la réponse vient de l’imperceptible : « l’innommé du signe / et du temps ». Sur les sédiments accumulés par les siècles vient se poser l’insecte le plus léger : « sous les huées du temps… déferle l’éphémère / en blanche stupeur / sur les siècles d’obsidienne ». La mémoire elle aussi entasse débris et bribes : confidences des greniers, syllabes en décombres. Les paysages sont faits de mousses grises, de brindilles. Les gestes sont de cendre et de cristal. Mais à travers ces profondeurs minuscules, ces épaisseurs de fourmis, perce la cruauté des jours enfouis : les songes fourbus, la lenteur de vivre ; et les sourires sauvages, les poignards de lune ; « et la beauté soudain / mord jusqu’au sang / nos territoires ». Dans ces débâcles, reste à tenter le bond vers la solitude : « La part du vide / est toujours / à ma table ». Reste à suivre les chemins braconniers de l’inadvertance. Reste à léguer « à tous les silences / des chemins distordus / des étreintes anciennes » : nous sommes « condamnés / à une part de jour / tout juste disloquée », à « peindre la brume / puis s’y / enfouir ». Au terme de ces poèmes minimalistes, à la limite nihilistes, le poète tente néanmoins de se rétablir dans une perspective à peine plus avantageuse. « Qui sera là / pour que laisse trace / l’infime consolation / pour nous emmener / encore une fois / dans les combles du songe / là où il fait si froid / si clair ». « Ici, dit Pierre Schovren, poète et chroniqueur, chaque poème semble colporter la nouvelle de notre mutation constante et être en quête d’un temps où s’arrimerait « hors vue » le lieu de l’Etre. », un lieu secret, indécis, dépourvu : « A l’heure grise / inimitable / la voix errante / le souffle ultime / une fêlure / pour le voyage / et le pur faste / du dénuement ». Ce très beau recueil de J.L. Bernard est formaté de façon très originale par « l’Atelier de Reliure Paysage Nuage Voyage » de Saint Haon-le-Chatel (42370) et superbement illustré par notre amie Anne Vocanson.