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Prix d'Estieugues

Au sein des Rencontres Littéraires, le Prix d'Estieugues constitue une section phare. Il s'agit d'un recueil de poèmes élu par le jury afin d'être publié à cent soixante exemplaires dont cent cinquante sont remis à l'auteur. Aucun thème, aucune forme d’écriture ne sont imposés. Seules sont appréciées les qualités du style, la beauté de la langue, la puissance poétique qui se dégagent des textes et l’homogénéité de l’ensemble.
 
Prix de vente : 10 euros
Editions La Licorne
Bourg de Thizy (Rhône)
2025
[extrait préface - Gilles CHERBUT] 
"Longtemps je me suis couchée sans écrire" admet Sylvie Gares dans ce recueil dédié pourtant à l'écriture. Le clin d'oeil est plaisant, la référence séduisante et l'interrogation induite par ces quelques mots peut dérouter si l'on considère que le poète, depuis sa jeunesse, son enfance peut-être, est celui qui sans cesse se tient aux aguets de l'image, de la métaphore, de la formule. On imagine alors aisément le carnet de notes - ou le dictaphone - posé, la nuit, sur le chevet, prêt à recueillir la pensée qui jaillit, la parole qui transcende !
Sylvie Gares, en ces pages, nous offre une autre vision de l'écriture et de la création poétique.
 
 
 
 
[extrait La porte des mots - Sylvie Gares]    
Ecrire c'est envier les oiseaux, leur trait de plume
libre, enfin libre, au-dessus des jardins, leurs jeux,
leurs désirs tournoyants, leur grâce encore tout
étonnée de ce cortège de soleil,
leur grâce inaltérable jusqu'aux terres lointaines
de la mélancolie.

2024
[extrait préface - Gilles CHERBUT] 
"Se défiant de "la voix haute de l'indifférence", Jacquy Gil avance sur des sentiers où le poème tient lieu de sagesse et d'intelligence. Et même s' "Il fut un temps de rêves que ne dédaignait pas la réalité", même si le vocable se heurte aujourd'hui à "La force étonnée des contraires", cela n'entame en rien la détermination du poète à "toucher enfin ce grand fond qui n'est autre que la hauteur de notre propre mystère"... Mystère... Ainsi, le mot suprême est prononcé, ce mot qui fonde toute poésie pour peu qu'elle se veuille exploratrice de l'humain et qu'elle mette son expression au service de la clarté et de l'élucidation du réel. 
 
 
 
 
[extrait Issues provisoires d'un devenir - Jacquy Gil]    
Où que se posent tes regards ta demeure se
construit et, pour peu que tu l'éclaires d'un peu
d'esprit, tu la rends habitable - intensément.
 
T'importe ta demeure ! Vaque à ses multiples
exigences sans l'assombrir toutefois de trop de
désirs.
 
Calme le jeu de l'impatience, n'ouvre pas à la fois
toutes les fenêtres. Et projette sur l'horizon une
porte : que tes pas aussi travaillent à l'édifice.

2023
[extrait préface - Gilles CHERBUT] 
"La poésie ne consiste pas à photographier le monde pour en représenter les couleurs chatoyantes et les contours harmonieux... La poésie brûle !... Elle brûle la peau et embrase le poète !... La poésie consiste à se confronter à l'insolite, à l'invisible langage des choses qui consent à se révéler seulement dans l'effort renouvelé des phrases arrachées au "Balbutiement des siècles" !... En découle le poème, forme ultime et parfaite de cette conversation avec l'immanence.
 
 
 
 
 
 
[extrait ... J'irai jusqu'à cette échancrure - Marcel Maillet]    
Les rayons d'une haute lumière
tentent de déchiffrer
sur les eaux de ce lac
le mystère d'une austérité que signe
avec la gravité de l'alpe
la bure sévère des forêts
 
Elle impose à ce promeneur
en quête de certitude
une inquiétude que n'exorcisent
ni la chanson discrète d'une cascade
ni la flamme fragile de l'oiseau
inscrite sur l'ardoise d'un ciel apâli
que le nuage a déserté
2022
[extrait préface - Gilles CHERBUT] 
"Ce pays-là "est un pays exigeant / Qui en dépit des saisons / Et des mots pour les décrire / Apprend à mourir doucement"... Nul doute que le poète, au-delà de la référence à un terroir, aborde, en ces quelques mots qui déflorent son recueil, de plus vastes territoires, plus intimes, plus mystérieux, parsemés d'absence et de douleur. Par la vertu de ces textes courts où la prose tient la plus grande part, Christian Perez s'adjuge (pour la seconde fois) le Prix d'Estieugues. Les thèmes majeurs qui nourrissent cette oeuvre nous ramènent au coeur de l'humain, de ses nostalgies, de ses regrets, de ses angoisses...
 
 
 
[extrait Sans craindre la cendre à la fin engendrée - Christian Pérez]    
   Je peine à vivre et mon temps est compté. Toute la chaleur peut bien encore entrer dans le fruit, je me sens déjà pauvre et désinvesti de tout.
   Si ce n'est pas la nuit, cela y ressemble, avec ses ombres en furtives obsolescences, et une fois encore, un futur infécondé. A défaut de lumière, je retiendrai la flamme avant qu'elle nous consume.
   La fatigue viendra assez tôt nous défier derrière chaque fenêtre fermée.
 
***
   Je ne peux plus bouger, plus respirer. C'est un jour où le ciel sombre a décidé de rester orphelin.
   Dans quelques heures la pluie lessivera les toits des fermes. Comme dans un linge frais, l'odeur des tuiles aura impregné les charpentes.
   Et c'est à ce moment particulier que l'écriture se redressera, nourrie, à tort, d'une inquiétude à être.

2021
[extrait préface - Gilles CHERBUT] 
"Avant même la parole, avant l'instauration du verbe, comme dans les prémices d'une Genèse, Pierre de La Fontaine témoigne que "D'abord, on ne dit rien"... D'abord le silence est souverain... Et quelle que soit la puissance, la vitalité du langage qui installe ensuite son pouvoir, les germes de ce silence initial infiltrent tout ce recueil. Ainsi, il est quelque part question de "Cette étrange volupté / où la parole s'estompe". Plus loin "Où murmure le tremble / la parole abdique". Ailleurs, enfin, "Au liseré de la brume / le silence s'impose".
 
 
 
 
[extrait Dès lors l'immobile - Pierre de La Fontaine]    
 D'abord
On ne dit rien
 
On craint de décrypter
les silences que l'on évite
les regards qui obsèdent
les mots que l'on tait
que l'on enfouit
sous un manteau d'artifices
 
Figé
 
dans trop de prudence
dans ses habits factices
dans une histoire éteinte
où meurent les feux
où la source est tarie
où les rires n'ont plus cours
2020
[extrait préface - Gilles CHERBUT] 
"Parmi ces "Coins moribonds habités de fougères et de serpents rêveurs", s'insinue l'émotion du lecteur lorsqu'il sait répondre à cette invite délivrée comme une promesse de cheminement au plus près de l'être, de son intimité, de sa libre communion avec l'alluvion secrète dont il est pétri. "Une vieille maison humaine emplie d'une voix maternelle" jalonne le sentier où "Tantôt des herbes glissent près des argiles, tantôt grimpent au mât du jour nouveau".
 
 
 
 
 
 
[extrait Le Creux des Portes - Léon Bralda]    
     C'est l'hiver. Des hommes passent sous le vide lumineux qui jonche le marais. Là-bas, près des roches salines, on enterre quelqu'un.
 
     Il part dans le silence caché des vastes étendues sans que nul n'ait pu voir son visage, n'ait pu surprendre son pas lent allant au domicile, n'ait pu comprendre ce qui en lui changeait.
 
     Il part avec la sueur du bûcheron et l'odeur sèche du bel arbre, avec la fibre qu'on oblige tant le vide s'écroule sous le sable des jours.
2019
[extrait préface - G. C.] 
"Dans le ciel raviné / s'échappent une étoile / une hirondelle", comme une ouverture sur l'infini des espaces qui nous façonnent : quelques mots simplement pour convoquer l'illimité du monde, ses splendeurs et sa diversité... Ainsi Georges Rose installe-t-il son verbe au plus juste d'une émotion, au plus près d'une énigme où "Le sable respire dans le vent" où "chacun ne touche qu'à ce qu'il dérobe". Ainsi prend-il mesure de cette fertile profondeur qui abreuve nos existences lorsque "Le vent remonte les collines / gavé de terre".
 
 
 
 
[extrait L'univers ressemble - Georges ROSE]    
Voici la neige
comme déplacée du monde
restitué au silence
 
Les nuits se sont aventurées longtemps
jusqu'à l'irréel
où l'immensité bute
 
Dans la chapelle si claire
la religieuse retient ses jambes
sous la jupe grise
2018
[extrait préface - G. C.] 
Par la grâce d'images qui tissent, au fil des pages, une résille animée de "l'inattendu / D'un vol de migrateurs", elle investit au plus loin, au plus dissimulé de l'univers "La semence du coeur du monde / l'infini mouvement des planètes / La dilution de l'Energie suprême". Ainsi,  le verbe de Simone Durand semble-t-il toujours partagé entre la simplicité de sa forme et la grandeur de sa susbstance ; substance établie au plus élevé du registre poétique, parmi l'or irisé de "L'ouest [qui] coule / Sur les messes du soir" ...
 
 
 
 
 
[extrait Passerelles du Vivant - Simone DURAND]    
Un pas s'échauffe
Une herbe se déplie
Encore froissée de nuit.
Matin levé au bas d'un horizon qui s'étonne,
Réveil d'ombres molles.
Dans l'ondulé de la colline
Se dissimulent les premières notes
Du chant des recommencés.
 
 
[extrait préface - G. C.] 
Les poèmes qui agencent leurs voix pour composer "Les eaux noires" distillent une vigueur particulière, de celles qui investissent au plus intime du lecteur, de celles qui rencontrent en chacun de nous des résonnances dérobées à tout regard, à toute introspection même et qui gouvernent pourtant notre fiévreuse conscience comme les cheminements erratiques de nos existences. 
 
 
 
 
 
 
extrait Les eaux noires - André-Louis ALIAMET]    
Cette source dans un lieu de rochers. Sans miroir pour des reflets douteux. Son lit n'est qu'un gros oeil. Comme la terre continue d'osciller, tout ce qui est glace ou printemps congelé, dont l'air absorbe l'ultime suée, perd ses graines au matin. Instant rougeoyant sous l'arc-en-ciel de nos visions.
 

2017
[extrait préface - G. C.] 
Lorsque "le vent, d'un coup de griffe, prend possession du monde", toute parole pourrait demerurer vaine et stérile. La poésie pourtant, promesse écartelée entre silence et profusion, insinue, là comme aileurs, sa toute-puissance. Confrontation de chaque instant avec lui-même et néanmoins juste clameur, elle affirme sa jouvence perpétuelle que n'atteignent ni le flot, ni la rumeur des humains, ni "ce monde façonné d'insavoir et d'inaboutissement"... 
 
 
 
 
 
[extrait Le brisement de la lumière - Jean-Pierre VEDRINES]    
             Ici le feu, ici la trace. Ce qui nous reste du
chemin parcouru, du regard de l'étoile retrouvée.
 
 
... / ...
            Nulle écriture ne vient jamais à bout du livre.
Nous errons à la recherche d'une main, innocente, vierge
de poussière. Nous imaginons, tombant sur nos corps
douloureux, l'alphabet de soie de la neige.
2016
[extrait préface - G.C.]    
"J'ai baisé la bouche du poème" nous dit Christian Perez pour affirmer un rapport charnel au verbe. Cette poésie "Qui ne livre ses secrets / Qu'au long de corridors / Sans cesse plus étroits" éclot à chaque ligne de ce recueil par la grâce d'une écriture élégante et subtile dont la préciosité contenue mesure avec bonheur "le passage des bêtes dans les forêts du monde".
 
 
 
 
 
 
 
[extrait Plaidoyer pour quelques moments de grâce - Christian PEREZ]    
C'est beaucoup pour moi qui ne mérite rien,
que de voir ces arbres qui dansent dans la nuit au bras
du vent. (avant de séjourner dans l'arbre, j'avais
entendu parler de la mort, mais aux extrémités de ses
branches).
 
... / ...
 
Tu te tiens toujours à distance et mon amour
ressemble à une maladie féconde. Rien n'échappe à ta
mémoire quand mon visage s'étonne de ce silence
tranquille. Tu me dis : "celui qui décide de la force de
son amour est condamné à faire sans cesse l'éloge de
sa douceur".
2015 
[extrait préface - G.C.]                             
"Pas un vent sans désir de vent ni pierre sans rêve de pierre" suggère le poète parmi ces pages vouées au minéral, au mystère ultime de la "Parole pétrifiée ensevelie", à la mort enfin, qui "n’a pas de bras n’est pas une mère au sein de sable". Et cela fait écho en chacun de nous, en ces strates les plus profondes, les plus mystérieuses aussi, dont nous sommes, à notre insu, façonnés.
 
 
 
 
 
 
 
[extrait L'Assemblée des pierres - Claire GARNIER-TARDIEU]
Dans la clairière de vie et de mort 
 
Qui se courbe pour ramasser nos fagots déliés
Pour avoir froid de ton absence en pointillé parmi les
merles?
... /...
 
Aggripe-toi à moi qui suis toute aile je t'arracherai au
plomb de la tombe
 
Tes paupières scellées signifient le silence quel air
bleu nous poursuit de ses rêves liquides ?

2014
[extrait préface - G.C.]
La poésie, comme la danse, procède d'un déséquilibre perpétuel et maîtrisé qui, loin de préfigurer une chute, détermine un essor, "condition de l'envol" permettant d'échapper à la pesanteur, de s'affranchir de ce "mystère originel / enfanté de la nuit". Ida Jaroschek joue avec bonheur de cette précarité des trajectoires aériennes, de ces vertiges qui révèlent "des séismes dans le corps // secousses de lumière / ou soubresauts de l'être". Elle dessine, au gré des "itinéraires de lumière / ou trajets des turbulences" les reliefs et les méandres d'une vie quand "au chant du soir / les cercles se font / et se défont" comme autant d'éléments ténus d'un destin qui, sans cesse, heurterait à l'huis de nos existences.
 
 
[extrait Aborder les lointains - Ida JAROSCHEK]
tu déroules ici
le destin
de toutes les femmes
 
marche immémoriale
 
où seuls visibles
tes pieds nus parcourent la lumière

2013
[extrait préface - G.C.]
En vingt-quatre poèmes admirables, Michel Le Quéré évoque une enfance et, bien plus qu'une enfance, "cette construction, ... ... cette mise en place de soi en soi". Ving-quatre poèmes, comme autant de galets étonnants dont la compacité n'a d'égale que la rigueur du polissage, pour dire ces "grands chagrins [qui] dorment en nous" aussi bien que le "petit troupeau des fermes sages accrochées flanc sud de la vallée".
 
 
 
 
 
 
[extrait Portée ou l'alliance des sources - Michel LE QUÉRÉ]
                Le souvenir fend l'obscur. Une plaie de haute
trahison le suit et, dans ses lèvres se refermant, toute la
semence grandiose des mots d'amour aveugles et étouffés.
 

2012
|extrait préface - G.C.]
"Quelques hirondelles ratissent le ciel", "les oiseaux lucides / jaillissent de l'arc-en-ciel" tandis qu'ailleurs, "la rencontre / des passereaux" entrouve les portes de la poésie et renoue les fils qui inventent l'essentielle dramaturgie de nos existences... 
[...] La multitude ailée qui survole ces pages, définie tantôt de façon générique : "l'oiseau qui sautille", tantôt de manière spécifique : "les cormorans en noir","les grues là-haut" ou "le coeur du rouge-gorge", semble tisser en permanence la trame de nos fortunes. Elle alterne en cela avec d'autres flux, plus sibyllins, plus sombres en tous cas, évoquant "la mort [qui] est là / sous toutes ses formes / ainsi que la douleur / de l'absence".
 
 
[extrait L'oiseau d'encre - Alain PIOLOT]
Au bord de la route
lentement
il a beau dire : 
quand j'écris je n'ai pas d'âge
il sait sa vieillesse
à l'ombre des arbres
le soleil cogne fort sur les vivants
il murmure
je touche du bois --
des moments de lumière
glissent dans l'allée
un oiseau fait des allers - retours
il cherche une sortie honorable
le marcheur se dirige vers l'étang
à son pas - 
appuyé contre un arbre_
il les connaît tous_
il se dit que même les corbeaux
meurent
ce qui atténue son inquiétude.

2011
 
 
[extrait préface - G.C.]
Jean-Damien Roumieu inscrit sa poésie parmi les plus hauts lignages du verbe et de la pensée. "Arpenteur / des paysages / sans lisière", il pétrit un lieu où s'abolit la vanité du monde en désignant un "Humain institué / pour saisir la saveur / des choses pénétrantes". "Car c'est de l'homme qu'il s'agit ! " aurait pu énoncer Saint-John Perse en lisant ces pages ; l'homme et son cortège de "cris furtifs", l'"Homme / poli et repoli, / usé, chauffé à blanc / par les grains de lumière".
 
 
 
[extrait Brûlure sur le jour - Jean-Damien ROUMIEU]
Tu refais délectable
l'affluence 
de l'aube
 
Tu te prépares
à traverser le jour
 
Ta promesse
suit la courbe
et la naissance
de l'éclat 

2010
 
 
[extrait préface - G.C.]
"Entre l'obscur cheminement des racines / et l'élan lumineux des arborescences", au coeur d'un antique combat, celui de l'aube et des ténèbres, le poète tient sa place, aujourd'hui comme hier ; il y est tour à tour démiurge et prophète, trouvère et spadassin, défricheur et libertaire. Sa parole s'inscrit toujours hors des confusions et des banalités, son souffle est celui du vent qui sculpte l'océan et son regard s'abreuve aux vérités originelles. Jacquy Gil assemble cela en deux mots seulement : "Emerveillement et mystère"...
 
 
 
[extrait Labyrinthes familiers - Jacquy GIL]
Le temps d'interroger le temps
sur le vaste problème de l'éternité,
et l'univers se sera délesté d'un cycle.
L'homme, dès lors, ce poids sans mesure,
ce fervent mathématicien,
ayant découvert en quelque éphémère particule
le fugace reflet de son esprit,
posera, en marge de la grande amplitude,
qu'une boucle nouvelle
a bel et bien été bouclée.

2009
 
 
[extrait préface - G.C.]
Sans formuler un véritable questionnement, Georges Rose interroge le monde dans une parole qui, à l'instar de l'univers, semble d'abord se fragmenter dans un infini "d'où s'échappent les mers et les nuits / comme des soupirs ou des plaintes"... Pourtant, "Là toutes les réponses / pierreuses avec les pierres / nuageuses dans le ciel" ; car Georges Rose distille sa poésie à la manière d'un peintre impressioniste qui épandrait sa lumière.
 
 
 
 
[extrait Des mots et des abeilles - Georges ROSE]
Le décolleté des livres
 
la jupe relevée sur le blanc
 
cette obscurité jusqu'à l'aube d'un mot
 
 
Le vent déshabille les collines
 
la terre bouge doucement
 
s'allonge sous la mer

2008
 
 
[extrait préface - G.C.]
Sous l'illusoire simplicité d'un univers qui occulte de vertigineuses perspectives, Patrick Devaux dévoile quelques traces qui nous conduisent -pour peu que nous ayons le courage de les suivre- bien au-delà du champ des apparences. A l'instar des poètes qui l'ont précédé au palmarès du Prix d'Estieugues, il inscrit son écriture et sa réflexion parmi les sphères les plus exigeantes de la poésie, celles qui relèvent de l'essentiel questionnement que tout homme se doit de formuler lorsque "certaines / nuits d'été // la vie fossile / éparpille / d'autres pollens"...
 
 
 
[extrait Ecailles de nuit - Patrick DEVAUX]
longtemps
après l'oubli
 
la sitelle
s'agite 
de souvenirs
 
telle une ombre
 
piaille
d'un mystère
à l'autre

2007
 
 
[extrait préface - G.C.]
En ces temps confus où le délitement de la parole - y compris parfois de la parole poétique - s'érige en évidence, Jean-Louis Bernard signe là des pages lumineuses. Evitant l'écueil de l'hermétisme autant que l'ornière de la grandiloquence, le poète ajuste son langage avec une rigueur qui lui assure des manières de "mausolées du verbe". C'est là une articulation majeure de ces textes : l'écriture y est fondatrice d'une pensée, d'un regard et de la parfaite appréciation d'un songe "égaré / entre chair et langage / dans l'exact essor / de notre effacement"...
 
 
[extrait Au juste amont du songe - Jean-Louis BERNARD]
Le songe
n'a pas couleur
 
en devenir de nous
il bat
aux veines de l'enfance
 
de lui naît l'homme
en clairvoyance vaine
tous signaux abolis
calligraphie du vide
sur cet aubier à peine clos
où se cogne
la perte ineffacée
 
il serait
traversée immobile
dans les remous du temps
provende solitaire
à travers flambées et chutes
 
entre nos songes coule
l'inachevé du monde

2006
 
 
 
[extrait préface - G.C.]
Le poète est-il artisan qui façonne la syntaxe comme il ferait d'un muret ? Est-il sculpteur qui agence et polit la matière selon un désir où le concret le dispute à l'incoercible ? Est-il chaman enfin, qui organise la rupture du réel pour lui restituer ses évidences enfouies sous des strates de conventions sémantiques ?... C'est la nature même de la poésie que l'on interroge ici : les rapports qu'elle entretient avec le langage et la pensée, la réflexion qu'elle développe sur son propre mystère !
 
 
[extrait Dans le ressac de l'écriture - Jean-Louis KERANGUÉVEN]
rassembler
 
tous les
mots épars
 
dans l'éboulis
logorrhéique
 
et remaçonner
le muret
 
où sifflait
l'esprit
du poème

2005
 
 
[extrait préface - G.C.]
Battements de cœur ? Battements d'ailes ? Battements de cils ? De chair ? A ces questions qui procèdent de leur réponse même, Malou Collonge propose une autre clé, un autre registre qui englobe et féconde les précédents : "A chaque heure son battement".
Un sous-titre éclaire d'emblée le lecteur : "Poésie et vie", pour le situer dans le champ infini du quotidien et de la diversité.
 
 
 
 
[extrait Battements, Poésie et vie - Malou COLLONGE]
      Inévitable discordance entre le dire et le faire.
Qui serait propriétaire de sa propre voix ?
 
 
      Il est de longs déserts, de sèches saisons où
rien ne s'éprouve. Alors s'installent les gestes machinaux
qui mûrissent l'heure tardive de la cascade soudaine.
 
 
      On sort de l'écriture meurtri, frileux. On
doute de ce qui nous construit, du meilleur, de tout.

2004
 
 
[extrait préface - G.C.]
Tout commence au seuil de la "Villa Chahin, Janus est à la porte / Face à l'éclat charnel des roses"...
Dès l'abord, ce receuil nous situe dans la résonance de la tragédie antique, quand "Janus crucifié", dieu douloureusement humain, heurtoir à l'huis du destin, frappe les trois coups du drame dont il est le héros...
"Janus et la méduse", distingué par le Prix d'Estieugues 2004, impose une écriture parfaitement maîtrisée, qui procède par touches ténues, à peine perceptibles parfois, et préfère toujours la sensuelle évocation à la description réaliste.
 
[extrait Janus et la méduse - Jacqueline ASSAEL]
Si tu es Janus -
Masque de verre,
Résistance du vide,
 
Alors qui suis-je,
Moi qui fus
L'aubier de ton visage ? 

2003
[extrait préface - G.C.]
Quelques images furtives constellent ces pages, sculptées parfois au seuil de l'onirisme : "Le renard a trouvé / Abri dans les fougères". Elles viennent féconder la densité d'un style qui par ailleurs ne concède aucune entorse à sa rigoureuse précision.
A peine sommes-nous entrés "Sous l'écorce, les mots" s'imposent alors dans leur force dépouillée et leur sobre séduction. L'on chercherait en vain, dans ces vers où seul subsiste l'essentiel d'une émotion ou d'un souvenir, quelque figure de style propre à flatter le lecteur. Point d'artifice ici ! Seulement une parole qui vient trembler au bord du silence, comme "S'envole une odeur de fumée / Jusqu'à la chambre aux rideaux clairs" ; seulement une poésie épurée de toute chair superflue où "Les mots entassent leurs bagages".
 
[extrait Sous l'écorce, les mots... - Yvonne LE MEUR-ROLLET]
Ne plus plonger dans la confiance
Si claire et calme de tes yeux
 
Ne plus pouvoir boire l'enfance
Au vieux perron de granit bleu
 
Ne jamais plus tout bas nous dire
Le rare bonheur d'être aimés

2002
 
[extrait préface - G.C.]
Le verbe qui déploie sa lumière sur ces pages est toujours en prise sur l'invisible. Il y a dans ces poèmes-là une intelligence du monde qui sait débusquer des interrogations présentes à nos esprits de façon confuse, et si difficiles à formuler : "Mais qui se souvient du visage / Inscrit depuis l'au-delà des temps / Sous la poussière des yeux / Juste derrière le rêve ?"
Dans ces regards de poète où croissent des "Songes fichés dans la peau / Profonde / Jusqu'au soleil / Du dedans", s'établissent aussi des paranthèses où prend corps une réflexion qui se situe au seuil de la métaphysique, dans "Un espace sans rien encadré de silence".
 
 
[extrait Une poignée d'espace - Béatrice KAD]
Nul recueillement ne parvient à lever le souffle
agenouillé dans le secret des corps.
 
 
L'horizon engloutit la dernière hirondelle, plie
lentement sous le poids de l'espace,
un geste infinitésimal annonce que le sens des
choses peut maintenant s'asseoir.

2001
 
[extrait préface - G.C.]
Voici un recueil dont les tonalités bleu-vert nous invitent à herboriser dans la lumière de l'été, à humer longuement, feuille à feuille, grain à grain ces "Plumetis des graminées / Fétuques en tulle d'or, / Roulis tendres sous la brise", et à détacher des pans d' "un ciel presque accessible" pour les porter à nos lèvres, ainsi qu'une "pulpe des matins / Offerts comme des fruits".
"Cet enfant-là" affirme une fois de plus la maîtrise de l'écriture d'Eliane Zunino-Gérard, et sa capacité à s'exprimer avec le même bonheur en vers réguliers et en poésie libre.
 
 
 
[extrait Cet Enfant-là - Eliane ZUNINO-GERARD]
       LE PASSAGE
 
Un pas de plus encor,
Une seule enjambée de trop
Par le sentier dans la bruyère,
 
       Et la voie enchantée,
       Soudain n'est plus qu'un rail,
       Ornière à la pente banale.
 
Ainsi l'enfant s'éveille adulte
       Pour des trajets sans horizon !
 
Un  pas de plus, ce pas de trop,
Une seule fente en avant,
       Puis la mémoire se retrouve
       Orpheline dans son royaume
       Avec ses jeux oblitérés,
       Ses porches béants à franchir.
 
Sous la paupière émerge un passé en dérive
Grevé d'improbables futurs.

2000
 
[extrait préface - G.C.]
L'eau - toutes les eaux : vapeur, étang, source ; ou sous l'apparence de son manque cruel : la soif - ne s'élabore jamais ici comme un thème qui serait adroitement décliné au fil des poèmes. Jamais ici, l'eau n'est prétexte à la parole. Parce qu'elle-même vivante - "Ce fond de sable tendre / où respire la source" - elle-même essence de parole, elle engendre le verbe autant qu'elle s'engendre de lui, et devient créatrice, et poésie même, avant l'agencement du poème.
 
 
 
 
 
[extrait Sources, Et l'eau vint habiter la terre... - Arlette RIDEL]
GRIS
 
Vague sombre au goéland farouche
 
le cri arrache la peur au ras de l'eau ...
 
le ciel a fui le miroir qui se brise.

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  

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Livre d'or

  • L'Ecritoire...tout un monde d'amis et amies poètes très ouvert sur le restant du monde...

    Patrick Devaux Le 23 Juil. 2015